Ce qu'il faut retenir de Las Vegas

(Paris, le 10 janvier 2017)

La dernière édition du CES de Las Vegas a confirmé s’il en était besoin que constructeurs et géants du digital travaillent désormais de concert autour de l’automobile. Comme le souligne Rémi Cornubert chez AT Kearney dans un dossier du quotidien économique Les Echos (9 janvier 2017) sur le nouvel écosystème de la voiture, « avec la révolution de la connectivité, de la voiture autonome et des services à la mobilité, les cloisons sautent. Il est impossible pour un constructeur de tout maîtriser ».  Les annonces faites pendant le salon confirment cette évolution.

Microsoft a apporté les conférences audio de Skype dans les voitures Volvo, qui devient  le premier constructeur à introduire dans l'automobile cette application. Il s'agit d'une version pour les entreprises et adaptée pour un usage en voiture. Pas question naturellement de faire une visioconférence pendant qu'on conduit. Dans le cadre de ce partenariat, Volvo a simplifié l'outil. D'un clic sur l'écran tactile de bord, le conducteur peut se connecter à une conférence audio et converser en mains-libres pour ne rien rater d'une réunion. Il n'a pas à manipuler son téléphone et à mémoriser des codes compliqués. L'écran de bord permet aussi d'enregistrer un mémo et de l'envoyer à un collègue, de façon très ergonomique.

BMW va encore plus loin en intégrant à bord de sa nouvelle Série 5 Cortana, l'assistante virtuelle de Microsoft. Pilotée à la voix, elle peut rappeler les rendez-vous à venir et se charger de faire une réservation dans un restaurant à la place du conducteur. Cortana intéresse également Renault-Nissan pour sa prochaine génération de véhicules connectés. L’Alliance utilisera les mêmes fonctionnalités que Volvo, mais Renault-Nissan voit plus loin en utilisant Cortana pour paramétrer et personnaliser le véhicule en fonction de la personne montant à bord.

Microsoft accélère d’ailleurs ses efforts dans la voiture autonome. La firme américaine a lancé pendant le CES une nouvelle plateforme cloud, développée sur Microsoft Azure, à destination des constructeurs automobiles. Baptisée «Microsoft Connected Vehicle Platform», elle doit leur permettre d’utiliser le cloud pour concevoir leurs propres services de voiture connectée. Renault-Nissan a d’ores et déjà prévu d’utiliser la plateforme pour héberger les services connectés des futurs véhicules de l’Alliance.

• Côté équipementiers, les annonces ont aussi porté sur des dispositifs qui équiperont les véhicules d’ici trois ans. Le français Valeo a ainsi présenté son système XtraVue. Ce dernier permet de « voir » ce qui se passe sur la route, en amont de l’itinéraire. Comme s’il était possible de passer à travers les voitures qui se trouvent devant. Le système est basé sur des caméras connectées. Pour peu que les véhicules qui se trouvent devant, soient équipés d’une antenne intelligente, combinée à un scanner laser (comme le système SCALA que Valeo va installer sur les futurs véhicules autonomes) et au système de caméra de vision du même équipementier, le conducteur peut voir la même chose qu’eux. Il obtient, en effet, sur son écran, le flux vidéo de caméras d’autres véhicules connectés et de caméras disposées sur les infrastructures routières. Le dispositif permet ainsi de voir le véhicule qui arrive en face (mais qui est caché) au moment de déboîter pour un dépassement, ou encore de visualiser un carambolage au détour d’un virage aveugle. L’équipementier a aussi exposé sur le salon le Valeo eCruise 4U. Une sorte d’aide au freinage d’urgence pour répondre à des conditions de conduite agressive de la part d’autres conducteurs. Le Valeo eCruise 4U démontre l’efficacité d’un freinage d’urgence lorsqu’un véhicule autonome se fait brutalement couper la route par un autre un véhicule.

• Les constructeurs « traditionnels » n’entendent pas laisser le champ totalement libre aux géants de la techno. A la veille du lancement du CES, Toyota et Ford ont annoncé la création d’un consortium dans le domaine des véhicules connectés, avec quatre autres constructeurs. Cette initiative vise ni plus ni moins à répondre aux assauts d'Apple et Google, via leurs systèmes CarPlay et Android Auto. Baptisée SmartDeviceLink Consortium, il entend « donner aux consommateurs plus de choix pour se connecter et contrôler leurs applications de smartphones sur la route ». Autrement dit, le choix de se passer des services des géants californiens quand ils connectent leur smartphone à leur véhicule sur le tableau de bord. PSA, Mazda, Suzuki et Subaru ont rejoint ce consortium. Ces différents acteurs espèrent ainsi favoriser « une large adoption » de la plateforme SDL, construite de manière ouverte (open source), façon à garder le contrôle sur l'accès aux données du véhicule par les applications ».