La Toyota Mirai bientôt sur les routes françaises

(Paris, le 5 février 2016)

A l’occasion du congrès Hyvolution à Paris, même les plus sceptiques ont pu mesurer que cette solution gagnait du terrain. Véhicules, infrastructures : le mouvement est désormais lancé pour faire de l’hydrogène un complément du véhicule électrique à batterie.

Jusqu’à une date récente, la voiture à hydrogène suscitait des haussements d’épaule, voire des sarcasmes. On trouve encore des conseillers techniques dans les ministères qui sont persuadés que cette solution est limitée à des prototypes. Ils ne savent donc pas que Toyota a lancé depuis déjà un an la Toyota Mirai en série, d’abord au Japon, puis dans certains pays d’Europe et aux Etats-Unis. Et ils risquent de tomber de l’armoire en voyant prochainement dans les rues de Paris les premiers exemplaires de cette grande berline à pile à combustible.

C’est en effet l’info à retenir du congrès : Toyota a décidé de commercialiser quelques exemplaires de la Mirai dès cette année, auprès de clients publics et privés. La raison est simple. Après avoir obstinément défendu la voiture électrique à batterie, en étant persuadée de pouvoir ainsi devenir un leader mondial, la France a révisé sa doctrine. L’hydrogène appliqué à la mobilité est poussé par Bercy (dans le cadre des plans de l’ex-Nouvelle France Industrielle), l’Ademe (qui vient de publier un avis très positif) et même par l’industrie automobile française. Disons plutôt, pour cette dernière, que la position officielle de la PFA (structure qui réunit l’ensemble de la filière) est nettement moins négative qu’avant.

De plus, l’hydrogène commence à être visible. A l’occasion de la COP21, Air Liquide a obtenu l’autorisation d’installer une station provisoire en plein cœur de Paris. Ce site a pour vocation d’alimenter les taxis du service Hype qui transportent les Parisiens en mode zéro émission, à bord de Hyundai ix35 FC. Ce même Air Liquide, qui a des intérêts dans la compagnie de taxis, s’est engagé à financer au moins trois stations de remplissage à 700 bars en région parisienne.

Il n’en fallait pas plus pour convaincre Toyota de sauter le pas, alors que l’arrivée de ce modèle était conditionnée à l’existence d’un réseau (*). La Mirai va donc rejoindre le garage de la mairie de Paris et être utilisée par des entreprises comme une vitrine.

S’agissant des flottes, il est encore trop tôt pour investir dans un véhicule de ce type. La Mirai, tout comme la Honda Clarity et les autres modèles qui vont suivre, est trop chère par rapport à une berline diesel. Les coûts ne diminueront qu’à terme. En revanche, il existe déjà une alternative pour les entreprises qui ont fait le pari de l’électrique. La société SymbioFCell propose en effet d’intégrer un range extender sous forme d’une pile à combustible pour doubler l’autonomie du Kangoo. Une cinquantaine de véhicules de ce type roulent déjà à Lyon et Grenoble, dans le cadre du projet HyWay. Une vingtaine d’autres villes seraient intéressées. Avec l’augmentation des volumes, le TCO commence à se rapprocher du diesel.

Face aux ambitions du Japon, des Etats-Unis, mais aussi de certains pays européens comme l’Allemagne et l’Angleterre, la France se devait de réagir. C’est le cas. Et un consensus se dégage sur la complémentarité entre l’électrique à batterie (pour les petits véhicules) et l’hydrogène (pour les SUV et grandes berlines).

Les industriels voient même dans le secteur de la mobilité un débouché pour écouler l’hydrogène issu de l’électricité d’origine renouvelable et donc plus vertueux que celui généré par le vaporéformage et les processus industriels.

 

(*) Un programme ambitieux pourrait être annoncé prochainement par Ségolène Royal