Voiture autonome: les constructeurs se donnent du temps

(Paris, le 10 novembre 2018)

Soumis à une forte pression sur le CO2, les constructeurs concentrent davantage leurs efforts sur l’électrification que sur l’automatisation de la conduite. Résultat : les roadmaps ont de bonnes chances d'être décalées. Certes, il y avait bien des véhicules autonomes à voir sur le Mondial de l’Auto. Mais, il s’agissait soit de navettes autonomes (comme celles de Navya, Lohr et 2getthere), soit de concepts présentés par les constructeurs (famille de robots-taxis EZ chez Renault, Peugeot e-Legend).

Sur les produits proposés à la vente, les systèmes se limitent au niveau 2, même si le marketing des marques évoque allègrement le pilotage « semi-automatique ». Tesla, qui est l’un des seuls à parler carrément de conduite autonome, va pour sa part intégrer une nouvelle puce et déployer une mise à jour qui donnera encore plus de contrôle à l’Autopilot. Toutefois, la marque est régulièrement attaquée par des clients qui dénoncent un dysfonctionnement du système et sont victimes d’accidents.

Les constructeurs classiques se montrent plus prudents. Pour sa future iNext prévue en 2021, BMW évoque simplement un niveau d’assistance de niveau 3. Il n’y a pas si longtemps, on parlait plutôt de niveau 4. La firme de Munich a pourtant de l’expérience et mène actuellement des tests avec une quarantaine de Série 7 de niveau 4 déployées dans plusieurs régions du monde.

Chez les généralistes, on ne baisse pas les bras, mais on met en avant le prix élevé des capteurs (en raison de la redondance nécessaire). De plus, le bon fonctionnement dépend aussi de facteurs extérieurs, comme des cartes de navigation plus précises et en haute définition et de la communication entre véhicules et avec l’infrastructure (idéalement en 5G). Tout ça pour dire que le calendrier pourrait glisser de quelques années.

La voiture autonome fera plus probablement ses débuts sous forme de robot-taxi. On ne compte plus les partenariats dans ce domaine. Daimler y travaille avec Bosch, Toyota a investi dans Uber (qui a un contrat par ailleurs avec Volvo), l’alliance Renault-Nissan est très active sur le sujet (test en cours à Rouen avec Transdev, projets en Chine) et la dernière annonce en date concerne Volkswagen. Avec MobilEye et Champion Motors, le groupe allemand compte lancer d’ici 2022 un service de taxis autonomes avec des véhicules électriques en Israël.  Le même VW va aussi tester des navettes autonomes, en Chine et aux Etats-Unis

Avant de concerner le grand public, la voiture autonome va d’abord se limiter à des centres urbains pour de la mobilité partagée. C’est d’ailleurs la stratégie de Waymo (Google) qui devrait prochainement lancer ce service dans l’Arizona.