Voiture du futur: la France est-elle dans le coup?

 

(Paris, le 4 mars 2019)

Les médias généralistes en ont peu parlé à l’époque, mais Paris a accueilli pendant quelques jours la filière automobile mondiale à la mi-février. L’événement était d’importance puisque le Président de la République a participé à un dîner devant plus de 500 personnes. C’est même dans ce cadre qu’il a réservé la primeur d’un investissement dans le domaine de l’électromobilité. L’Etat a décidé de débloquer 700 millions d’euros sur les cinq prochaines années pour soutenir le développement d’une filière de batteries électriques de nouvelle génération. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un projet franco-allemand, Berlin y consacrant un milliard d’euros d’ici à 2022. Le projet prévoit l’ouverture de deux usines de batteries, une en France et une en Allemagne. Saft (qui appartient à Total) et Blue Solutions (une filiale de Bolloré) portent les espoirs tricolores.

Cette annonce est liée à un rapport commandé à Xavier Mosquet, directeur associé du cabinet de conseil BCG (Boston Consulting Group), et à Patrick Pelata, ancien directeur général de Renault. Une partie de ce rapport a été publiée sous la forme d’un document intitulé « Produire les automobiles de demain ».

 Dans le domaine des voitures électriques, le gouvernement a pour objectif d’avoir un million de véhicules électriques d’ici à 2022 et 100 000 points de charge (contre 25 000 aujourd’hui). Les experts préconisent de développer un marché du véhicule d’occasion et des produits d’entrée de gamme. Des efforts de la part du gouvernement et des collectivités seront également nécessaires : « il faut accompagner financièrement les achats » et développer des « avantages à l’usage » comme l’accès à des parkings réservés ou des voies prioritaires pour les véhicules électriques. Un « très gros effort » reste également à fournir sur les installations pour recharge privée (à domicile et au travail) de véhicules électriques, qui représente 90 % de la recharge. L’une des pistes consiste à ne plus considérer la charge en entreprise comme un avantage en nature. Une grande campagne sur les atouts du véhicule électrique devrait par ailleurs voir le jour, en association avec les constructeurs (ils y ont intérêt car c’est devenu, sur fond de baisse du Diesel, le seul moyen d’échapper à des pénalités par rapport aux émissions de CO2).

On remarquera que les experts n’abordent à aucun moment l’hydrogène. Un oubli étonnant, dans la mesure où la France dispose pourtant d’entreprises spécialisées et de taille mondiale.

Le rapport Mosquet-Pélata aborde par contre la question des véhicules autonomes, en incitant les industriels européens à se regrouper pour faire face à la concurrence des géants du numérique, dont Waymo (Google) qui a accumulé 20 millions de km en roulage et 10 milliards en simulation. Patrick Pelata et Xavier Mosquet estiment que d’ici à 2025, entre 1 et 3 millions de véhicules autonomes de niveau 4, circuleront sur les routes européennes, et près de 8 millions d’unités en 2030. « Sans collaboration entre les acteurs, l’Europe est condamnée à être en retard », avertit Patrick Pelata. Pour sa part, Le gouvernement prévoit d’adapter la réglementation, d’une part avec la loi Pacte et bientôt avec la Loi sur les Mobilités (LOM) Il souhaite également déployer des services de transport autonomes à la demande en taille réelle, sur des territoires d’ici à 2021.