Les nouveaux acteurs de la voiture connectée

(Paris, le 10 juillet 2017)

Xee, Oocar et Drust sont quelques-uns de ces nouveaux acteurs qui peuvent rendre connectés des véhicules déjà en circulation, grâce à un boîtier ou un adaptateur à brancher sur le port diagnostic. Que faut-il penser de ces systèmes ?

Les Echos ont récemment parlé d’un système qui s’appelle CarAlgo (comme algorithmes), développé par la société Smarto. Grâce à un adaptateur (on parle aussi de dongle) qui se fixe sur le port OBD de diagnostic, il est possible de récupérer des données qui viennent s’afficher en mode Bluetooth sur le smartphone. Avec la localisation par GPS et à l’accéléromètre du smartphone, il est dès lors possible de visualiser la consommation instantanée, la température du moteur, la vitesse, ainsi que les émissions de CO2. 

En France, de nombreuses start-up ont d’ores et déjà exploré ce filon. Il y a deux ans, elles exposaient au salon Equip Auto pour présenter leurs produits. Depuis, seule une poignée a réussi à percer. Ainsi, la Macif a investi dans Drust (une start-up montée par des anciens de PSA). Oocar a passé un accord avec le groupe Autodistribution (AD) et ambitionne de créer un écosystème pour connecter plus de 2 millions de véhicules en Europe dans les trois prochaines années. Une autre start-up, Ellis Car, n’en est pas là. Mais, elle a déjà réussi à partir au CES de Las Vegas dans les valises de Valeo, qui l’a sélectionnée pour exposer sur son stand au dernier salon Viva Tech. Cette société exploite aussi l’AI pour améliorer la gestion de flottes.

Parmi les pionniers, il faut bien sûr mentionner Xee. Ce nom est celui d’un boîtier qui se fixe sur le véhicule, pour lire les données du réseau CAN, remonter des informations pour améliorer la conduire et anticiper sur l'entretien. Le système a été créé par Eliocity, une start-up de la région lilloise soutenue par le groupe Mobivia (groupe Mulliez), via sa branche de financement Via ID. Le boîtier Xee est notamment proposé dans les réseaux Norauto et Midas. On le trouve aussi chez Boulanger, et en commande chez Amazon. Il a été adopté par ailleurs par Rent A Car. La société a fait parler d’elle, car elle a procédé à une levée de fonds, avec 12 millions d'euros apportés par Bridgestone, Total et la Cofip. Cet argent va servir à financer l'expansion à l'international de Xee, qui part à l’assaut de l’Europe. Pour ce faire, il va bénéficier des cartes de Here, avec lequel il a signé un accord dans le cadre du salon Viva Tech.  La grande force de Xee est que son boîtier s'appuie sur tout un écosystème, avec une centaine d'applications qui vont du diagnostic en ligne à l'analyse de la performance du conducteur, en passant par la gestion du budget de sa voiture.

TomTom, le fabricant de GPS, est aussi présent sur le marché de la voiture connectée de seconde monte. Son système a pour nom Curfer. Le marché intéresse également Samsung, qui a développé un adaptateur OBD. Chez les constructeurs, Ford et Seat ont annoncé leur intention de se lancer eux aussi, tout comme les équipementiers (Bosch et Continental).

Bref, il n’est pas évident que les start-up qui ont réussi à référencer leur application sur l’AppStore ou Google Play puissent vraiment émerger. Leur intérêt est d’apporter un petit plus. Smarto se dit par exemple capable, grâce aux données connectées (vitesse, vibrations, etc.), d’apprécier l’état des routes, une information qu’il pourrait revendre aux collectivités. Pour sa part, Xee est à la recherche de développeurs pour anticiper sur les pannes de batteries et l’usure des pneus. Techniquement, les solutions sont là.

Le boîtier et l’adaptateur OBS sont des alternatives aux véhicules connectés des constructeurs. Mais, on devine que ce micro-marché pourrait être remis en cause un jour. L’industrie automobile est la mieux placée pour exploiter les données de ses propres voitures. Les boîtiers connectés n’arrivent en fait qu’à exploiter une infime partie de la masse d’informations qui se dégage au sein d’un véhicule. Et le jour où le port OBD ne sera plus accessible qu’aux seuls garagistes, toutes ces start-up verront leur horizon s’assombrir. A moins qu’elles n’arrivent à nouer des accords avec des marques, qui pourraient leur ouvrir la porte moyennant des royalties sonnantes et trébuchantes.